Extraits, bonbons gélifiés, gélules et comprimés de kratom : l’évolution mondiale des formats et ses implications au Canada (2027)
Le secteur des produits à base de plantes a connu une profonde transformation au cours des trois dernières années. Pendant des décennies, les feuilles brutes, broyées ou réduites en poudre, constituaient le seul format disponible. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les extraits, les dosages liquides, les bonbons gélifiés, les comprimés pressés et les produits infusés occupent désormais une place prépondérante dans les rayons aux États-Unis et dans une grande partie de l’Europe, et cette évolution ne semble pas près de s’essouffler.
Il ne s’agit pas simplement d’une question de préférences des consommateurs. Il s’agit de l’interaction entre la composition chimique des produits, les contraintes réglementaires et un marché qui évolue plus rapidement que les règles qui le régissent. Et pour toute personne effectuant des achats au Canada, la compréhension de la situation globale permet d’expliquer pourquoi le marché national se présente ainsi.
Les quatre formats qui redéfinissent le secteur
Extraits et doses liquides
Il s’agit de l’avancée technique la plus importante dans ce domaine. Alors que les feuilles brutes contiennent la matrice végétale dans son intégralité, les extraits permettent d’isoler les alcaloïdes par extraction à l’aide d’un solvant ou au CO₂, puis de les concentrer. On obtient ainsi un produit dans lequel quelques millilitres de liquide contiennent l’équivalent de plusieurs grammes de poudre.
Les extraits sont généralement étiquetés en fonction de leur rapport de concentration ou du pourcentage d’alcaloïdes. Un extrait 10x signifie que la teneur en alcaloïdes est dix fois supérieure à celle de la feuille d’origine. Les extraits à spectre complet visent à préserver l’ensemble du profil alcaloïdien de la plante. Les isolats ciblent un seul composé, le plus souvent la mitragynine ou la 7-hydroxymitragynine.
Aux États-Unis, les shots d’extraits sont devenus l’une des catégories de produits les plus vendues du secteur ; ils sont commercialisés dans de petites bouteilles qui ressemblent à celles des boissons énergisantes et sont disponibles dans les supérettes, les magasins spécialisés dans le tabac et les stations-service.
Bonbons gélifiés
S’inspirant directement des marchés du CBD et des vitamines, les bonbons gélifiés ont connu la croissance la plus rapide de tous les formats depuis 2024. Ils sont fabriqués en incorporant un extrait à une base de gélatine ou de pectine, à laquelle on ajoute des arômes, ce qui donne un produit visuellement impossible à distinguer des confiseries classiques.
C’est précisément cette ressemblance qui a attiré l’attention des autorités de régulation. Un produit qui ressemble à des bonbons, qui est placé en rayon à côté des bonbons et qui contient un extrait concentré d’alcaloïdes soulève des questions concernant l’étiquetage, la sécurité des enfants et l’usage prévu, ce que la poudre brute n’a jamais fait.
Gélules et comprimés pressés
Les gélules existent depuis plus longtemps que les bonbons gélifiés et constituent toujours une catégorie stable. Elles contiennent des quantités dosées de poudre brute ou d’extrait à l’intérieur d’une enveloppe en gélatine ou d’origine végétale.
Les comprimés moulés sont plus récents. Au lieu d’une enveloppe, la poudre ou l’extrait est comprimé sous pression pour obtenir une forme solide, parfois avec l’ajout d’agents liants. Les comprimés permettent une standardisation plus précise de la teneur par unité que les gélules, ce qui explique en partie pourquoi ils ont gagné du terrain sur les marchés où la constance est un argument de vente.
Thés aromatisés et bâtonnets de miel
La catégorie la plus axée sur l’art de vivre. Il s’agit de sachets de thé préemballés ou de bâtonnets de miel contenant des extraits végétaux, souvent associés à d’autres plantes. Ces produits mettent l’accent sur l’arôme, la présentation et le rituel, et sont généralement commercialisés comme des produits haut de gamme ou artisanaux.
En quoi consiste réellement l’extraction ?
Comprendre ces formats, c’est comprendre ce qui se passe sur le plan chimique lorsque la feuille est transformée en extrait.
La feuille de kratom brute contient plus de vingt-cinq alcaloïdes distincts, dont les proportions varient en fonction de la récolte, de la région et du traitement. La mitragynine est l’alcaloïde dominant. La 7-hydroxymitragynine, généralement désignée par l’abréviation 7-OH, n’est présente à l’état naturel qu’en quantités infimes, généralement inférieures à 0,05 % du poids sec.
L’extraction modifie cette situation de deux manières.
Concentration. L’extraction par solvant permet d’extraire les alcaloïdes de la matrice végétale et d’éliminer les fibres, la chlorophylle et les matières inertes. La fraction d’alcaloïdes ainsi obtenue est nettement plus concentrée qu’elle ne l’était dans la feuille. Un extrait fini peut présenter une teneur en mitragynine comprise entre 50 et 60 %, contre 1 à 2 % dans la poudre brute.
Résidu. L’extraction par solvant laisse des traces de solvant. Un certificat d’analyse correctement établi pour un extrait comprend un panel de solvants résiduels couvrant le méthanol, l’éthanol, l’acétone, l’hexane, le toluène et d’autres substances. Ces chiffres sont importants. Un extrait qui répond aux critères de teneur en alcaloïdes mais qui présente un taux élevé de méthanol n’est pas un produit pur.
Nous avons constaté que les certificats d’analyse (COA) d’extraits provenant de producteurs indonésiens indiquaient une teneur en mitragynine supérieure à 55 % et une teneur totale en alcaloïdes supérieure à 80 %, ainsi qu’une teneur résiduelle en méthanol supérieure à 1 000 ppm. L’extraction a fonctionné. La purification, en revanche, n’a pas donné les résultats escomptés.
Le problème du 7-OH
Ce changement de format s’est heurté aux autorités de régulation en 2025, et le point de friction était la 7-hydroxymitragynine.
La feuille naturelle ne contient du 7-OH qu’en quantités infimes. Cependant, certains fabricants ont commencé à produire des extraits dont la teneur en 7-OH était délibérément augmentée, atteignant parfois 90 % voire plus, ou à le synthétiser chimiquement. Ces produits étaient commercialisés sous forme de comprimés, de bonbons gélifiés et de shots, souvent via les mêmes circuits de distribution que le kratom ordinaire.
En juillet 2025, la FDA a adressé des lettres d’avertissement à sept entreprises commercialisant des produits concentrés à base de 7-OH et a officiellement recommandé que le 7-OH soit classé dans la catégorie I de la loi sur les substances contrôlées. En juillet 2026, la DEA a décidé de donner suite à cette recommandation. Au 26 août 2026, trois dérivés synthétiques du 7-OH, à savoir la mitragynine pseudoindoxyl, le MGM-15 et le MGM-16, figuraient officiellement dans l’annexe I aux États-Unis. Le 7-OH concentré lui-même fait toujours l’objet d’un examen, et une décision est attendue en 2027.
Le point essentiel de la mesure prise par la DEA : elle exclut explicitement les feuilles de kratom naturelles. Les produits à base de feuilles entières contenant des traces naturelles de 7-OH ne sont pas concernés. La mesure vise les extraits concentrés et les dérivés synthétiques.
Plusieurs États américains ont pris des mesures plus précoces et plus strictes. La Louisiane a purement et simplement interdit le kratom en août 2025. La Californie a déclaré illégale la vente de kratom et de produits à base de 7-OH en octobre 2025. Le Tennessee a interdit le 7-OH en juillet 2026. Le Rhode Island, qui avait interdit le kratom, est revenu sur sa décision et a adopté une loi sur la protection des consommateurs de kratom en avril 2026, devenant ainsi le premier État à passer de l’interdiction à la réglementation.
La tendance est constante : la pression réglementaire porte sur les concentrés, les produits synthétiques et les formats qui ressemblent à des aliments. Les feuilles, quant à elles, ont été épargnées.
Le contexte canadien
Le cadre réglementaire canadien est antérieur à tout cela, ce qui explique pourquoi les formats susmentionnés sont pratiquement absents des rayons des librairies canadiennes.
Le kratom n’est pas inscrit à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Sa possession est légale. Cependant, Santé Canada n’a jamais attribué de numéro de produit naturel à aucun produit à base de kratom, ce qui signifie qu’aucun produit en contenant ne peut être commercialisé en tant qu’aliment, complément alimentaire ou produit de santé. Les vendeurs respectueux de la réglementation le commercialisent en tant que spécimen botanique à des fins de recherche, de collection et d’ethnobotanique, sans aucune allégation relative à sa consommation.
Ce cadre a une conséquence directe sur le format. Un bonbon gélifié est un format alimentaire. Un shot liquide est un format de boisson. Une gélule implique d’être avalée. Chacun de ces formats véhicule une représentation inhérente de son utilisation que la catégorie des spécimens botaniques ne peut pas prendre en compte. La poudre brute ne véhicule pas cette représentation, c’est pourquoi elle reste la norme dans ce contexte.
L’historique des mesures coercitives prises par Santé Canada le confirme. Les quatre saisies de kratom recensées, toutes effectuées entre 2017 et 2018, visaient des magasins de détail vendant ces produits ouvertement comme des produits de consommation ou aux côtés de compléments alimentaires non autorisés. Aucune ne visait la poudre botanique vendue dans le cadre d’échantillons.
Ce que cette tendance indique réellement
Si l’on fait abstraction des obstacles réglementaires, ce changement de format vous donne des indications utiles sur l’orientation que prend le secteur.
Les extraits et les comprimés nécessitent une normalisation. Vous ne pouvez pas commercialiser un produit dont l’étiquette indique une teneur spécifique en alcaloïdes sans l’avoir testé, et vous ne pouvez pas le tester sans avoir établi de partenariat avec un laboratoire. L’essor de ces formats a contraint certains acteurs du secteur à se tourner vers les analyses par lots, l’analyse des solvants résiduels et la publication de certificats d’analyse (COA), ce que la poudre brute n’avait jamais nécessité.
Il s’agit là d’une réelle amélioration, qui a également suscité des attentes concernant les produits à base de feuilles. Un acheteur qui a consulté un certificat d’analyse (COA) d’extrait comportant un panel de solvants résiduels commence à se demander pourquoi un fournisseur de poudre ne peut pas produire un panel de métaux lourds.
Le secteur se professionnalise. Les formats n’en sont que la partie visible. C’est l’infrastructure de test qui sous-tend tout cela qui est essentielle.
Pourquoi le format « leaf » reste-t-il le plus transparent ?
Il existe des arguments en faveur des feuilles brutes qui n’ont rien à voir avec la réglementation.
Le Leaf peut être analysé de bout en bout. Un certificat d’analyse (COA) de la poudre brute vous indique ce qui a été extrait du sol, comment le séchage et la fermentation l’ont modifiée, et quels contaminants elle a pu absorber en cours de route. Il n’y a pas d’étape d’extraction susceptible d’introduire des résidus de solvants, pas d’étape de concentration susceptible de fausser la composition alcaloïde d’origine, ni d’arômes ou d’agents liants ajoutés susceptibles de compliquer l’analyse.
L’origine des feuilles est traçable. Une poudre peut être rattachée à une récolte, une région et un mode de transformation spécifiques. Ce n’est pas le cas d’un extrait fabriqué à partir de matières premières regroupées et provenant d’intermédiaires.
De plus, les feuilles bénéficient d’un cadre réglementaire stable. La décision prise en 2026 par la DEA a établi une distinction claire entre les feuilles et les concentrés. Le cadre réglementaire de Santé Canada autorise depuis des années la poudre à base de plantes. Les vendeurs proposant des feuilles n’attendent pas de décision concernant leur classement.
Ce n’est pas un lot de consolation. C’est la raison pour laquelle le secteur de la transformation a continué à s’approvisionner auprès de cette usine.
Les éléments à prendre en compte lorsque vous comparez différents formats
Si vous trouvez des extraits, des bonbons gélifiés ou des comprimés, que ce soit au Canada ou à l’étranger, les questions qu’il convient de se poser sont les mêmes que celles qui s’appliquent à tout produit à base de plantes, avec quelques précisions supplémentaires spécifiques aux concentrés.
Composition chimique complète, y compris les solvants résiduels. Pour tout extrait, le profil des solvants résiduels revêt la même importance que celui des alcaloïdes. Les concentrations en méthanol, en hexane et en toluène doivent être égales ou inférieures aux limites de détection.
La concentration en 7-OH est indiquée explicitement. Si la teneur en 7-OH d’un produit n’est pas indiquée, partez du principe que c’est le pire scénario. Les feuilles naturelles contiennent moins de 0,05 %. Toute teneur nettement supérieure à ce seuil signifie que le produit a été enrichi.
Source identifiée. La pureté d’un extrait dépend entièrement de celle de la feuille dont il est issu. Si le vendeur ne peut pas préciser où la feuille a été cultivée, l’extrait hérite de cette incertitude.
Format adapté à la juridiction concernée. Au Canada, un vendeur proposant des bonbons gélifiés ou des shots ignore soit le cadre réglementaire, soit fait fi de celui-ci. Aucune de ces deux situations n’est de bon augure quant à la manière dont il gère le reste de ses activités.
Quelles sont les conséquences pour les acheteurs canadiens ?
Le marché mondial continuera de s’orienter vers les extraits et les produits comestibles. Cette évolution résulte des préférences des consommateurs et de l’échelle de production, et elle ne s’inversera pas.
Le Canada restera un marché du tabac à rouler dans un avenir prévisible. Cela tient à un cadre réglementaire qui est stable depuis près d’une décennie et qui ne semble pas devoir évoluer.
Pour les acheteurs ici, cela signifie que le produit disponible est celui qui est le plus facile à tester, le plus facile à tracer et le moins exposé aux bouleversements réglementaires qui secouent actuellement les États-Unis. Que cela soit perçu comme une contrainte ou un avantage dépend de vos priorités. Si la transparence figure en tête de vos priorités, c’est un avantage.
Chaque lot que nous vendons est composé de feuilles brutes provenant de Djongkong, dans le Kalimantan occidental, dont la teneur en alcaloïdes, la présence de métaux lourds, les caractéristiques microbiologiques et le taux d’humidité ont été analysés par un laboratoire canadien agréé.
Questions fréquemment posées
1. Pourquoi est-ce que je ne peux pas trouver des gommes de kratom ou des doses liquides au Canada ?
Actuellement, Santé Canada ne reconnaît pas le kratom comme un produit de santé naturel ou un ingrédient alimentaire. Comme il n’existe pas de cadre approuvé pour la consommation humaine, tout produit vendu dans un format clairement destiné à être mangé ou bu (comme un chewing-gum ou un shot aromatisé) est interdit. Les vendeurs doivent vendre des spécimens botaniques sous des formes brutes qui n’impliquent pas l’ingestion.
2. Quelle est la différence entre la poudre brute et les extraits de kratom ?
La poudre brute est simplement la feuille séchée et moulue de la plante. Un extrait, en revanche, est une forme concentrée où les alcaloïdes primaires ont été isolés à l’aide d’un solvant comme le CO2 ou l’éthanol. C’est pourquoi les « Extract Shots » sont si populaires dans le monde entier, car ils permettent d’utiliser un plus petit volume de produit.
3. Les gélules et les comprimés sont-ils considérés comme des formats "consommables" ?
Aux yeux des autorités de réglementation canadiennes, les gélules et les comprimés pressés occupent une position très délicate. Parce qu’une capsule est un système d’administration généralement utilisé pour les suppléments, elle est souvent signalée par Santé Canada comme impliquant la consommation humaine. C’est pourquoi de nombreux vendeurs canadiens s’en tiennent strictement à la poudre brute pour s’assurer qu’ils restent conformes aux lois sur la commercialisation des produits « non consommables ».
4. Est-il légal de commander ces nouveaux formats des États-Unis vers le Canada ?
Bien que vous puissiez trouver ces produits en ligne auprès de vendeurs américains, il est très risqué de les importer au Canada. Comme Santé Canada n’a pas approuvé ces formats, Postes Canada et l’ASFC (douanes) saisissent fréquemment des paquets contenant des gommes, des liquides ou des extraits. Il est généralement plus sûr pour les résidents canadiens de s’approvisionner en spécimens botaniques bruts auprès de vendeurs nationaux qui respectent les directives réglementaires locales.